La gestion des écrans dans la fratrie : pour quelle stratégie opter ?

Hier, j’ai partagé sur ma page Facebook un outil destiné à la gestion des écrans. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a fait couler de l’encre … Le sujet du siècle !

Dans « gestion des écrans », j’entends « maîtrise du temps passé devant écran, que ce soit la télé, l’ordi, la console ou la tablette ».

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Un juste équilibre entre despotisme et libéralisme

 

Si j’en viens à utiliser un outil pour reposer les règles, c’est qu’évidemment, cette gestion des écrans n’est pas optimale à la maison. Entre despotisme (pas d’écrans du tout) et libéralisme (utilisation libre des écrans à la maison), nous avons choisi d’accompagner nos enfants dans leur consommation. Et si on parle de consommation, c’est bien que ces outils s’apparentent à une drogue.

J’ai lu sur le danger de la télé pour les bébés, j’ai lu sur l’apprivoisement des écrans, bref, j’ai lu Tisseron, et je l’ai même vu en conférence. Je suis convaincue que les écrans peuvent apporter des compétences aux enfants, stratégiques, sociales, visuelles, mnésiques … Et puis, les écrans sont partout, chez les amis des enfants, dans nos poches, chez l’orthodontiste, et même dans notre médiathèque, dans le coin destiné aux petits …

Alors, plutôt que les diaboliser, nous avons décidé de les autoriser à petite échelle à la maison, et d’en parler beaucoup avec les enfants (des dangers avec un discours préventif, mais aussi de tout ce qu’ils permettent) :

  • la télé est autorisée en semaine pour regarder des dvd éducatifs ou des reportages sur Youtube, sur la télé du salon, avec nous,
  • les films distrayants sont autorisés le vendredi soir et le samedi soir en famille,
  • les écrans sont permis pour travailler (pour Zoé surtout, qui travaille beaucoup à partir de vidéos ou à partir des documents sur mon drive),
  • nous n’autoriserons pas les téléphones portables, nos enfants scolarisés à la maison n’en ayant pas besoin,
  • nous nous autorisons des moments familiaux autour de nos vieilles consoles de jeux,
  • les temps de tablette sont désormais soumis à des règles strictes, puisque c’est précisément cet outil qui pose problème chez nous.

 

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Nos problèmes face aux écrans

 

Zoé, 11 ans reconnait elle-même que les relations avec ses amies changent depuis qu’elles ont un téléphone, et qu’il devient difficile d’avoir une conversation normale avec elles. Elle est plutôt raisonnable sur sa consommation.

Milo, 9 ans fuit certains copains qui sont « mono-conversation », comme il aime à le dire, et qui ne parlent que de jeux violents de guerre (et ouf, notre discours préventif fonctionne). Il a encore du mal à gérer son temps et avoue en vouloir toujours plus et puis, parfois, il se retrouve à jouer seul car tous les enfants du quartier sont sur leurs consoles … Socialement, pouvoir parler des jeux avec les copains, c’est quand même plutôt sympa, sinon, on est vite mis à l’écart.

Le souci des derniers jours, c’est plutôt Lulu, 5 ans : Lulu pourrait tuer pour avoir la tablette dans les mains. Lulu entre en crise quand son temps s’arrête. Lulu se cache et ment pour jouer en cachette. Son cerveau à elle n’est pas prêt à entendre notre discours préventif, et c’est surtout elle que nous devons protéger. Et c’est sur ces cerveaux-là que la drogue agit encore mieux … Elle grandit avec deux pré-ados, tous ses copains sont plus âgés qu’elle. Elle est entourée par les écrans.

 

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Nos règles et notre outil de consommation

 

Les enfants n’ont pas besoin de limites, ils ont besoin de règles … alors, même si un système de tickets était déjà en place depuis un moment à la maison, c’est vrai que nous avions lâché un peu de lest sur notre « contrôle parental » après avoir vécu les vacances de Noël sans tablette.

Après une énième crise de Luce, j’ai décidé de reprendre les choses en main, de poser à plat les règles, et d’y adjoindre des conséquences éducatives. Parce que oui, au bout d’un moment, quand on ne respecte pas des règles, dans la vie, les conséquences arrivent vite, n’en déplaise aux anti-VEO.

Nous avons discuté avec les enfants de leurs besoins en terme de temps, en trouvant un compromis avec leurs envies et nos limites à nous. Ils ont établi eux-mêmes les conséquences de leur manquement aux règles. Les grands disposent donc d’un temps de 100 minutes par semaine, découpé par ticket de 10 minutes. Luce a 7 tickets de 10 minutes. Ils peuvent choisir de cumuler les tickets, les utiliser tous d’un coup ou de les économiser.

Bref, voici l’outil que je leur propose, il est loin d’être parfait et il est vraiment perfectible. Je voulais le tester sur une semaine pour voir ce que ça donne avant de proposer des tickets bonus quand la semaine s’est bien passée, comme une sorte de renforcement positif. Certains penseront que je mets en place un système de carotte/bâton … mais s’ils ont des solutions concrètes (autres que supprimer les écrans, couper le WIFI ou partir vivre sur une autre planète), je suis preneuse !

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Avec cet outil, les enfants peuvent faire visuellement une estimation du temps qu’il leur reste sur la semaine, et c’est très intéressant/énervant de les observer tenter de gérer leur consommation. Chaque week-end, je ferai un point avec les enfants sur leurs difficultés, leurs réussites, et nous réévaluerons les besoins et les règles.

Je vous propose mon tableau vide, à remplir avec vos enfants, mais le plus intéressant serait je pense d’adapter l’outil en fonction de vos besoins. J’aimerais beaucoup que cet article nous permettent de réaliser ensemble un outil abouti, pensé, respectueux. 

Téléchargement

Les règles pour l’utilisation des écrans

 

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Notre journal quotidien

 

Dans cette partie de l’article, j’essayerai de vous tenir informés de nos réussites et de nos conflits.

17/01 : La semaine commence plutôt mal, Milo n’a pas respecté le temps du minuteur (il avait choisi de jouer 10 minutes, a placé 20 minutes sur le minuteur, et au final, n’a pas arrêté de jouer quand le minuteur a sonné). J’en déduis qu’il a besoin d’être encore plus accompagné. Il a beaucoup râlé quand il a dû s’enlever un ticket et de colère, il a tout arraché puis recollé. Je ne lâche rien. Je ne veux pas avoir à tout supprimer, il aime tant pouvoir échanger avec ses copains sur les jeux auxquels il joue. Je ne veux pas avoir à le mettre en marge. Je veux vraiment trouver des solutions pour lui permettre de jouer sans se mettre en danger.

18/01 : Lulu : « T’as raison Maman, j’peux faire plein de trucs quand je ne demande pas la tablette : jouer aux playmobils, faire de la peinture … mais quand même, ça me manque trop ! »

22/01 : Notre conseil de famille s’est réuni hier pour regarder le document d’Envoyé Spécial. Zoé s’est rendu compte que les vidéos Youtube et les réseaux sociaux servaient surtout à nous envoyer des pubs, elle n’en avait pas conscience jusqu’ici. Quant à Milo, il m’a dit : « Je ne pensais pas que les écrans avaient autant d’influence sur le développement du cerveau ». Ce matin, nous avons réévalué les besoins et reparlé des règles (ils ont assoupli les règles qu’ils avaient eux-mêmes posées la semaine dernière), en mettant en place également un « bonus » que chacun a choisi. Milo et Luce se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas gérer le minuteur, et m’ont demandé d’être le gardien du temps.

A la fin de la séance, Milo m’a dit qu’il était ravi de ces nouvelles règles : des tickets allongés à 15 minutes, la possibilité de terminer rapidement sa partie avant de l’enregistrer quand le minuteur sonne.

Nous avons reposé l’interdiction de regarder des vidéos YouTube sur un écran mobile. Elles sont autorisées avec demande préalable sur la télé familiale.

Merci d’avoir lu cet article et à bientôt !

Retrouvez tous mes livres ici :

 Le vélo de Rémi  La fête de Lola  A la mer  A la ferme  Bébé s'exprime par signes

 

9 commentaires sur « La gestion des écrans dans la fratrie : pour quelle stratégie opter ? »

  1. Merci!!!! Je vais m’inspirer de votre partage! Moi non plus je ne veux pas « démoniser », mais je vois aussi les « dommages » que ce sujet crée à la maison et je ne veux pas totalement interdire, entre autre, pour ne pas créer un état de manque qui rendrait l’outil encore plus attrayant dans quelques années. Mais c’est un gros défi et pour plusieurs familles je crois..

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  2. Bonsoir Je soutiens votre initiative à 1000%; ma fille de 11 ans va au collège mais sans portable, ce sera je pense pour l’année prochaine; Nous sommes les seuls parents à avoir résisté mais avec le recul on s’en félicite même si c’est difficile pour tout le monde. En effet, suite à une averse dans la cour pendant la réunion de rentrée, les élèves sont montés dans le couloir et là j’ai pû constaté l’ampleur du phénomène, avec effroi je l’avoue: ils se sont tous assis par terre en ligne, ont sorti leur portable et ont commencé à malmener les touches; tous ensemble mais tous tout seul; çà m’a fait peur! A la maison nos deux filles ont accès à la télé à l’ordi mais je refuse l’achat d’une tablette car je ne veux pas avoir à me justifier et à dépenser de l’énergie pour cet outil supplémentaire. On équilibre si le temps d’ordi a été long alors pas d’écrans pendant deux ou trois jours. On adapte au jour le jour! Et on fait des ballades des gâteaux des jeux sachant que c’est plus facile pour nous puisqu’elles sont scolarisées. En tout cas pas de culpabilité au contraire, la conscience qu’on leur donne le recul nécessaire à un phénomène de société qui est en train d’amener des touts-petits chez les pédopsychiatres. Et puis, tous les ingénieurs de la sILICON Valley qui vous proposent tous ces écrans les interdisent totalement à leurs enfants; ils savent donc parfaitement pourquoi. Nous vivons dans un monde connecté, les enfants sont baignés dedans ils s’en sortiront parfaitement de façon instinctive le moment venu. Ma fille de 11 ans sait très bien manipuler mon portable alors qu’elle n’a jamais eu ni portable ni tablette. Pas de souci pour l’avenir!

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  3. Une problématique à laquelle je suis concernée en tant qu’adulte alors je n’imagine pas chez un enfant! Je vais m’appliquer cette méthode. Super méthode d’ailleurs, j’aime beaucoup, merci pour ce partage! J’espère que les usages de raisonneront chez vous. C’est clair qu’on peut vraiment parler de drogue moderne, de maladie du siècle! 😦 (et pourtant je suis la première à voir les multiples possibilités des technologies, mais elles ont aussi malheureusement leurs travers et c’est ce qui rend les choses complexes et difficiles à gérer…). Bon courage dans cet apprentissage familial!

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  4. C’est une très bonne idée, je pense que je vais m’en inspirer pour ma grande de 8.5ans. Pour le moment j’ai supprimé l’ordi et la tablette pour cause de comportement trop incorrect sur le quotidien, mais les tickets peuvent être une bonne chose. Pour les plus jeunes, le 6 ans n’a le droit de l’utiliser qu’une heure le mercredi après-midi après son cours de sport et pendant que son frère est au sport et uniquement si ça s’est bien passé les jours d’avant, pour le moment ça lui suffit et il accepte bien de ne pas y avoir droit. Les autres sont encore petits, donc ils ne posent pas encore de soucis, mais ça peut venir vite et les tickets sont une très bonne idée !

    Courage Milo, c’est dur de reprendre de bonnes habitudes quand on a subit l’effet drogue de l’écran, mais ça va venir !

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  5. Bonjour,
    J’ai lu avec intérêt l’article et les commentaires. C’est une sacrée histoire ces écrans! Je crois qu’ils sont effectivement inutiles et nocifs avant 3 ans, qu’il faut les « consommer » à petites doses et pourtant… Par choix, nous n’avons pas de télévision mais ordinateurs et smartphones. Notre fils a 2 ans et dès qu’il voit un écran allumé, il s’y colle comme un aimant. On éteint les ordinateurs quand il est avec nous et je me rends compte que l’on passe un temps fou, par petites touches, sur nos téléphones… En vrai petit bonhomme en construction, il nous observe et cherche régulièrement un téléphone pour faire défiler l’écran. On dit « stop » on lui prend en lui expliquant que ce n’est pas un jeu, qu’il est trop jeune etc etc ce qui n’empêche pas les hurlements et une explosion de colère de sa part. Si jeune et déjà si vivement attiré par la chose…
    Je me questionne vraiment sur la gestion du temps d’écran dans les années à venir. Ils sont des outils de travail incontournables aujourd’hui, et les élèves (IEF ou pas) les utilisent presque quotidiennement.
    Faites-vous la différence entre temps passé pour le travail scolaire et pour le loisir devant les écrans? Parce qu’il me semble que ce n’est pas uniquement ce qu’il se passe à l’écran qui est décrié (images chocs, discours parfois bien étonnants de la part de présentateurs…) mais aussi la lumière de l’écran, la vue en construction, l’activité solitaire au détriment de la vie sociale et/ou familiale… Alors comment faire? Un temps d’écran scolaire différent du temps d’écran « loisir »? L’un au prorata de l’autre? Merci pour le partage de vos réflexions.

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    1. Le temps de travail sur écran n’est pas comptabilisé, puisque nous les utilisons sur des temps courts : regarder une vidéo d’explication, vérifier une correction, jouer à un jeu de maths ou de français.
      Nous comptabilisons les temps de tablette (donc oui, solitaires) puisque ce sont ceux qui me semblent les plus addictifs.

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  6. Bonjour,
    Chez nous pas de TV mais un ordinateur, un téléphone et une tablette. Notre fils de bientôt 6 ans est bien sûr très attiré mais il ne connaît pas les mots de passe donc en dehors de prendre des photos avec la tablette / le téléphone, il n’a pas l’opportunité de se cacher / mentir. J’aitout de même profité de son attrait pour le faire progresser en lecture / écriture avec un mot de passe « phrase » : son nom de famille et notre adresse complète (sans code postal). A voir comment évoluer quand il saura totalement lire / écrire…
    De manière générale, quand nous sommes nous, adultes, occupés ou que nous organisons des activités pour nos 2 enfants de 2 et presque 6 ans, ils ne pensent pas « écrans ». L’absence de TV est compensée par quelques séances de rattrapage chez Mamie. Et par l’absorption avide de ce que les’ copains d’école racontent. A voir ce que cela donne en grandissant…
    Bonne continuation avec vos grands et’ la petite Lulu ! Vous allez trouver un équilibre !!

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  7. Bonsoir, étrange que cela puisse être, j’ai à peu près la même organisation. J’avais lu sur une affichette de prévention qu’avant l’âge de 12 ans il ne fallait pas dépasser 30 min par jour d’écran, depuis j’en avais fait une règle (mise à part les documentaires).

    J’ai plastifié des tickets, et une fois qu’un ticket était utilisé il était mis dans une boite.

    J’aime beaucoup votre fonctionnement car vous avez tout mis par écrit et c’est TOP

    Aimé par 1 personne

  8. C’est une super idée ! Ma fille est plus grande mais nous allons en discuter ensemble est essayer aussi de le mettre en place. Je vous dirai ce que ça a donné.

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