Scolarisera ou ne scolarisera pas ? Etre et devenir … la suite !

Brassée, en colère, dépitée, en questionnement, mais tout aussi enjouée, rassurée, envieuse et rafraîchie. Voilà comment je me sens cinq jours après la projection du film Etre et devenir.

Ce film sur « le fait de ne pas scolariser son enfant » a fait l’effet d’une bombe à la maison. Un film beau, vrai, plein d’humilité, de fraîcheur. Un film bien tourné, des paysages somptueux et des histoires toutes différentes. Des personnes de tous bords, de tous horizons mais des personnes débordantes  d’amour et de confiance. On ne montre pas seulement le côté idyllique de la non-sco, mais aussi les doutes, les questionnements des parents. On y voit des enfants devenus adultes, motivés, qui témoignent de leur détermination à mettre en place leurs projets et qui sont convaincus de leurs actions. En somme, des passionnés !

Le film retrace des expériences multiples de non scolarisation, dans plusieurs pays. Les familles relatent leurs expériences entre apprentissages autonomes ou dirigés, et leur façon de se laisser guider par leurs enfants. J’ai connaissance moi-même depuis quelques années de ce mouvement, ayant pour amis plusieurs familles ne scolarisant pas leurs enfants. Ces parents ont des valeurs qu’ils tiennent absolument à partager avec leurs enfants, ces valeurs sont donc la ligne directrice des apprentissages. Ces parents sont aussi des parents plein de doutes qui se remettent en question constamment et qui ne ferment pas la porte à une re-scolarisation.

Moi, l’ancienne formatée de l’éducation nationale, qui, il y a quelques années, aurait trouvé ça complètement insensé (je ne savais même pas que c’était légal à l’époque !),  j’en arrive à me poser la question de la non sco – comme on la nomme – pour mes enfants. Et visiblement, je ne suis pas la seule. La salle était presque pleine, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle n’était absolument pas uniquement remplie de parents pratiquant le homeschooling ! Par contre, beaucoup de professeurs se sont déplacés. Je ne suis donc pas la seule ancienne prof des écoles à trouver que le système se meurt de l’intérieur. Même au sein du reportage, plusieurs parents sont des professeurs, qui, après une expérience de non-sco, pensent à se reconvertir.

Ma fille aînée, après plusieurs années catastrophiques dans deux écoles publiques différentes, a rejoint cette année une école privée, tout comme mon fils. Ma Lulu, la dernière, a passé l’entretien d’embauche dans l’école sans problème. Oui, à l’époque du « recrutement », elle n’avait que deux ans. Et deux ans de pédagogie Montessori, ça laisse des traces. On la trouve autonome, à l’aise, en avance, … tout ce que vous voudrez. Bref, on reçoit le précieux sésame à la maison, elle est acceptée dans cette école pour septembre 2015. Nous sommes soulagés. Les enfants sont ravis de leur nouvelle école, ils s’y sentent bien. Mais …

… voilà qu’un film et qu’une soirée de discussion autour du thème viennent tout remettre en question. Une phrase entendue aux portes ouvertes de l’école des enfants a fini par m’achever :  » […] les enfants qui entrent dans notre établissement dès la petite section de maternelle finissent tous dans les grandes écoles après le bac […] ! » Au secours ! Je ne veux pas de ce formatage pour mes enfants ! Qui sommes-nous pour leur imposer nos choix ? Nous qui décidons de leur venue au monde, ou qui même, forçons égoïstement la nature pour les mettre au monde, comment pouvons-nous encore nous obstiner à orienter leur avenir, leurs occupations, leurs fréquentations …  La vision de ces enfants libres de choisir de façon autonome leurs apprentissages, leur destinée, me fait rêver.

Ce que je retiens aussi de cette soirée, c’est qu’il faut trois choses essentielles pour pouvoir pratiquer la non-sco :

être un éducateur bardé de diplôme ? Certainement pas. Et sur ce point, j’ai été ravie d’entendre que les parents du reportage apprenaient en même temps que leurs enfants. Je ne voudrais surtout pas montrer à mes enfants que l’adulte est supérieur, qu’il est bien pensant, tout puissant, tout savant. C’est vraiment ce que je m’efforce de faire comprendre à mes enfants au quotidien : personne ne sait tout, mais l’envie et la passion nous donnent des ailes.

Il suffirait simplement :

  • d’une bonne dose d’amour (ça c’est bon, l’amour et l’attachement, chez nous, c’est réglé !)
  • de confiance (en ses enfants, mais ça suppose déjà à mon avis de se faire confiance. J’ai confiance en moi, reste à travailler sur la confiance que j’ai en mes enfants, et sur mes peurs pour leur avenir, sans doute)
  • de liberté (et ça, j’y travaille aussi … J’essaye de les mettre en situation de faire un choix éclairé, non orienté, c’est difficile, mais ça vient …)

Il me manque cependant deux choses essentielles, la détermination, et le courage d’aller, une fois de plus, à contre courant. Enfin … pour le moment !

Est-ce que l’éducation que nous offrons à la maison à nos enfants suffit à entretenir la flamme ? Est-ce qu’une bonne dose de CNV et d’écoute leur suffit à avaler la pilule du train-train et de la violence scolaire ?

Une chose est sûre, c’est que mon mari, très clairvoyant, m’a fait remarquer en regardant le reportage qu’il était convaincu que les blocages au niveau des apprentissages se levaient seuls, quand l’enfant était prêt, et qu’il avait toujours eu conscience de ça. Il m’a ouvert les yeux en me donnant des exemples concrets, et enfin, je me suis autorisée à penser que non, définitivement, mes enfants ne rentreraient pas dans les cases, mais que l’on continuerait à les accompagner au niveau scolaire sans « forcer » les apprentissages. Oui, ma fille de 8 ans a le droit de continuer à compter sur ses doigts, de ne pas connaître ses tables, et d’utiliser une calculatrice. Oui, je m’autorise enfin à ne plus la stresser pour que son écriture soit normée, peu importe, tant qu’on arrive à la lire ! Bref, j’ai levé la pression.

Les grands sont plutôt à l’aise, nous avons eu une discussion avec eux en leur expliquant que s’ils en ressentaient le besoin, nous serions tout à fait ouverts à une scolarisation à la maison.

La question se pose donc pour Luce, allons-nous vraiment lui faire subir une « socialisation » forcée, le jour de ses 3 ans ? Allons-nous oser la jeter en pâture, au milieu de 30 élèves, et observer jour après jour sa flamme s’éteindre ? Allons-nous fièrement signer son livret scolaire du premier semestre ? Voulons-nous vraiment qu’elle devienne « élève » (un des objectifs de la maternelle, pour rappel) ?

Enfin, je vais développer un point essentiel aux yeux de tous. LA question qui revient sans cesse. Les enfants en « homeschooling » sont-ils socialisés ? La réponse est oui, bien entendu ! Pour moi, contrairement à ce que j’entends souvent, l’Instruction en famille ne ghettoïse pas ! Au contraire, c’est l’école qui cloisonne les enfants, par âges (les classes uniques sont rares !), par origines et religions (il suffit de se mettre sur le trottoir à la sortie de notre école privée …), par catégories sociales, par choix politiques, par spécificités, j’en oublie forcément. Les familles qui pratiquent l’IEF sortent beaucoup, partagent, se regroupent, voyagent : les enfants sont au contact d’enfants de leur âge, mais aussi de plus jeunes enfants qu’ils encadrent, de plus âgés qui leur montrent le chemin, d’adultes, ou encore de personnes âgées. Ils apprennent de ces rencontres. A ceux qui affirment que l’école endurcit les enfants pour les rendre capables d’affronter la vie, moi je réponds qu’au contraire, elle les prépare à se résigner, et à accepter n’importe quoi sans broncher, et qu’il n’y a rien de meilleur que la chaleur d’un entourage bienveillant et à l’écoute pour permettre aux enfants d’avoir assez confiance en eux pour oser croquer la vie à pleines dents.

Et là, je termine en citant la phrase d’une amie très chère : Faire un choix, c’est renoncer !, ceci résume bien mon problème !

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